Poissons et requins...

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Par Dominique Delsate, Muséum d'Histoire Naturelle de Luxembourg

 

Le Jurassique inférieur du Nord Est du Bassin de Paris:

importance dans l’évolution des Poissons et Requins.

 

Les schémas évolutifs et les dates d’apparition des grands groupes de Poissons et Requins sont encore mal connus dans leurs détails. Le Jurassique inférieur présente diverses apparitions ou explosions démographiques d’animaux de stades « modernes », dans le sens où ces formes ou leurs descendants existent toujours, part majoritaire des faunes marines. On présente ici la contribution de la Lorraine au sens large et des Ardennes jurassiques, avec références aux publications régionales récentes.

 

Poissons

 

Les poissons actuels sont tous des Actinoptérygiens (nageoires d’axe court et à longs rayons), sauf :

- les Dipneustes (double respiration : branchies et vessie natatoire en « poumons »)

- les Crossoptérygiens (Coelacanthes) aux nageoires lobées. 

Les Actinoptérygiens actuels sont tous des Téléostéens, sauf :

- les Polyptères (carnivores des cours d’eau africains, à grosses écailles ganoïdes),

- les Esturgeons (« Chondrostéens », à écussons osseux)

- les Lépisostées (Ginglymodi) et les Amies des Grands lacs et Fleuves  américains (des Actinoptérygiens Néoptérygiens « Holostéens »), 

 

Le Stade Téléostéen implique par exemple des écailles cycloïdes fines et légères (au lieu d’épaisses et lourdes), un squelette calcifié mais formé d’éléments légers et solides (structure vertébrale en diabolos avec haubans de renforcement), une bouche à éléments très mobiles, une joue allégée,  une queue à éléments spécialisés pouvant soutenir des lobes puissants et efficaces, le tout contribuant à une fonction d’alimentation ou de mobilité optimales. On peut considérer que l’origine des Téléostéens se place « entre les Pholidophoriformes et les Leptolepidae ». 

 

Les Pholidophoriformes apparaissent au Trias, et l’on compte parmi eux des formes présentant effectivement une écaillure fine et légère.  Néanmoins, la structure des vertèbres ou  de la queue demeurent « archaïques ».  Malheureusement, le groupe de Pholidophoriformes semble artificiel et doit être clairement redéfini. Il se retrouve bien représenté au Toarcien, avec plusieurs espèces en provenance du Grand Duché, de Belgique et de Lorraine française, dont l’une récemment décrite (DELSATE). Les espèces attribuées à Pholidophorus se verront probablement placées dans de nouveaux genres (travaux en cours), à définir.  Ces Pholidophoriformes possèdent une écaillure de ganoïne, ce qui les écarte de l’ascendance des Téléostéens, et prouve que des Pholidophoriformes ont continué une évolution propre, en parallèle avec celle de la branche ayant mené aux Téléostéens, dès le Trias supérieur.

 

Les Leptolepidae apparaissent au Sinémurien anglais (Zone à Obtusum : PATTERSON) avec Proleptolepis (NYBELIN).  Un crâne et des éléments osseux de l’Hettangien belge laissent penser que Proleptolepis pouvait peut-être déjà exister à cette époque.  Leptolepis n’est connu qu’à partir du Toarcien, et représente tant en Zone de Holzmaden qu’en Lorraine une part très importante de la faune de poissons de l’époque : c’est une sorte de sardine planctonophage vivant en bancs, proies de grands poissons carnivores comme les Pachycormiformes, Acidorhynchus, ou des Amiiformes.  La découverte récente (APMA) de coprolithes (reptile ? poisson ?) du Pliensbachien  des Ardennes françaises avec résidus parfaitement identifiables de Proleptolepis (éléments des mâchoires, opercules et vertèbres) apporte une information supplémentaire très importante.

 

A part ces deux groupes, on identifie (souvent d’après leurs dents isolées) : dès le Trias moyen, des Saurichthyiformes (longs poissons carnivores, proches des esturgeons), des Sémionotiformes broyeurs  (groupe des Lepidotes, Dapedium et Tetragonolepis ultérieurs (Toarcien), poissons aplatis à l’abdomen arrondi très développé), des Perléidiformes fréquents au Trias, mais survivant jusqu’à  l’Hettangien, des Halecomorphi (groupe des Amia) soupçonnés dans le Trias de Lorraine, et reconnus (Furidae) dès l’Hettangien.  Il faut attendre le Toarcien pour voir prospérer le groupe déjà très diversifié des Pachycormiformes (Pachycormus, Saurostomus, Euthynotus, Sauropsis, Haasichthys), poissons prédateurs de mer ouverte, dont les ancêtres possibles sont les Furidae (Eugnathidae) du Lias inférieur.

 

Requins,  Raies, Chimères

 

Du Trias au quasi sommet du Lias inférieur, la majorité de la faune de requins est représentée par les Hybodontiformes (Hybodus, Lissodus, Polyacrodus), sélaciens archaïques éteints, et les Néosélaciens Synechodontiformes (« Hybodus » minor, erronément attribué à Hybodus, mais que la structure dentaire ou de l’émail (STORRS, CUNY & BENTON) a rapproché  en fait de Synechodus, Sphenodus, Paraorthacodus). Dès le Lias inférieur,  Agaleus (? Orectolobiforme primitif ? Hexanchiforme ?)  puis les Hexanchiformes (groupe du requin griset actuel) constituent le reste des faunes. Cette situation est générale dans tout le Bassin de Paris : par exemple le Muschelkalk de Lorraine (DELSATE & DUFFIN) ou du Rhin, le Rhétien (DUFFIN & DELSATE), le Sinémurien belge (DELSATE & DUFFIN), le Pliensbachien de Normandie (BIDDLE & GUENNEGUES), de Lorraine (LAMAUD) ou des Ardennes, ou le Toarcien basal de la Lorraine (DELSATE & GODEFROIT).

Les chimères sont connues en Lorraine dès l’Hettangien (DUFFIN & DELSATE), et leurs plaques trituratrices ne sont pas rares au Sinémurien (CASIER, DUFFIN & DELSATE).

Au Toarcien (moyen pour la Lorraine (DELSATE, HERMAN, LEPAGE, THIES), inférieur pour la Normandie) apparaissent pour la première fois des « poissons-guitares », raies Batomorphii (3 nouveaux genres en cours de description par DELSATE & CANDONI), des requins Orectolobiformes (groupe des actuels requin-tapis, requin-nourrice, requin-léopard),  Heterodontiformes (groupe du requin actuel de Port Jackson), Protospinacidae (ancêtres probables des Squaliformes comme l’aiguillat actuel). Les différences entre les moments d’apparition des Raies et autres Néosélaciens modernes en Normandie et en  Lorraine peut traduire des biotopes différents, à distance variable des côtes, plus ou moins accueillants, ou bien des mouvements de faune en relation avec l’ouverture du Paléo-Atlantique Nord au Jurassique, avec influence sur la mer du Bassin de Paris, ouverture de communications, …les hypothèses ne manquent pas et les travaux sont en cours !

 

Références : sur demande auprès de l’auteur.

 

Dominique Delsate

Musée national d’Histoire naturelle de Luxembourg

Annexe : Paléontologie

25, rue Münster

L-2160 Luxembourg

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